Investissement

Assises de l’eau : quels enjeux pour l’eau et l’assainissement?

eau et assainissement

Lors du congrès des maires de novembre 2017, Emmanuel Macron avait annoncé la tenue en 2018 des Assises de l’eau. Ces dernières ont été lancées en avril dernier par Sébastien Lecornu, secrétaire d’Etat à la transition écologique. Mais pourquoi faire? Quels en sont les objectifs?

Ceux qui s’intéressent à ce secteur auront sans doute vu le reportage de Cash Investigation et sa présentation tout en nuances 😉 Mais une vision plus modérée est sans doute possible…

La révolution bleue de 1960 à 1990

Le réseau de canalisations ne représentait que 25 000 km avant la Seconde Guerre Mondiale. Mais il va connaître une véritable explosion dans les années 1960 à 1990. De nouvelles technologies comme les tuyaux en PVC apportent des solutions moins coûteuses et plus légères que les tuyaux en fonte traditionnels. Au cours de cette période, ce sont 600 000 km de canalisations qui seront déployées, soit plus des deux tiers du réseau actuel.

Si on considère qu’une canalisation a une durée de vie de 50 à 75 ans, on commence à saisir l’actualité du sujet. Ainsi, l’étude de Jean-Michel Cador en 2002 avait essayé d’estimer les prochaines phases de renouvellement nécessaires des tuyaux en fonction de leur mise en place et de la technologie utilisée.

renouvellement des canalisations

« Source : Le renouvellement du patrimoine en canalisations d’eau potable en France, Jean-Michel Cador, juin 2002 »

Un renouvellement des canalisations suffisant?

Les besoins sont donc a priori importants. Mais le renouvellement du réseau est très nettement en dessous de ceux-ci. C’est là une des premières préoccupations affichées lors des Assises de l’eau. Au rythme actuel, il faut 170 ans pour renouveler le réseau d’eau et 200 ans pour celui d’assainissement. Nous sommes donc très largement au delà de la durée de vie de ce type d’équipement.

Une voirie mal entretenue ou une école délabrée sont identifiables facilement, tant par la collectivité que par les usagers. Mais une canalisation qui fuit est à l’inverse totalement invisible. Or, le réseau reste mal connu, notamment par les petites communes. Le réseau d’eau potable est connu à 94% en moyenne. Mais, pour les communes de moins de 1 000 habitants, cet indice de connaissance chute à 77%. La connaissance du réseau d’assainissement est encore plus perfectible : la moyenne nationale de connaissance du réseau est de 57%.

L’obsession du taux de rendement

Pour les réseaux connus, comment identifier alors ceux qui méritent un entretien plus important? Par le biais du taux de rendement. C’est la part de l’eau consommée par les abonnés sur celle introduite dans le réseau de distribution. Plus ce taux est faible, plus une partie de l’eau est perdue avant d’arriver à bon port. En moyenne, le taux de rendement est de 82% en 2016. Ceci signifie que 18% de l’eau produite est perdue en cours de route. Ceci apparaît comme un gaspillage évident, voire choquant! Et cela peut effectivement être un problème car cette moyenne cache de fortes disparités. Pour certains réseaux, c’est presque la moitié de l’eau qui est perdue avant d’arriver à bon port. L’amélioration de ce taux de rendement est donc un enjeu majeur des Assises de l’eau.

Le taux de rendement, seul enjeu des Assises de l’eau?

Pour autant, cet enjeu, réel pour certains territoires, ne doit pas focaliser l’exclusivité de l’attention des Assises de l’eau. Plusieurs experts insistent également sur les enjeux de qualité de l’eau. D’autres mettent en avant la nécessité d’assurer la sécurité d’approvisionnement en raccordant les réseaux entre eux. Ce risque qui pourrait paraître théorique se matérialise pourtant d’ores et déjà en outre mer, car certains territoires qui rencontrent des coupures d’eau ponctuelles.

Et pour aller plus loin…

Si vous cherchez des données sur une structure, voire la France entière, vous pouvez également sur le site www.services.eaufrance.fr.

Je peux également vous recommander l’excellent ouvrage de Jean Launay (coordinateur des Assises de l’eau) et de David Colon, L’eau potable en France, entre factures et fractures. En l’achetant par le biais du lien précédent, vous m’aiderez à faire vivre le site sans que cela ne vous coûte plus cher.

 

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